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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 10:39

J'ai assisté récemment à une conférence donnée par Patricia Spinelli à l'école Montessori de Lyon sur le thème : « l'enfant, un espoir et une promesse pour l'avenir ». J'ai beaucoup appris à cette occasion. 

 

Patricia Spinelli est directrice de l'Institut Supérieur Maria Montessori http://www.montessori-france.asso.fr

 

Du coup, à la maison, nous nous questionnons à présent sur ce que nous choisissons ou non de mettre en place. Nous ne sommes pas forcément en accord avec tout ce qui est suggéré. Intégrer cette pédagogie demande du temps, de la réflexion, de la théorie et de la pratique, de l'intuition...

 

Voici les notes que j'ai prises à l'occasion de cette conférence. J'ai fait ressortir ce qui me semble le plus intéressant :

 

La pédagogie Montessori a deux grands objectifs, à savoir :

  • d'une part développer le potentiel de l'enfant, c'est à dire lui permettre de se réaliser. Il est le seul à pouvoir faire ce travail,
  • et d'autre part développer l'humanité toute entière.

 

 

Maria Montessori définit trois organes de la construction de la vie psychique de l'enfant :

   

  • la RELATION (le lien à l'autre, la rencontre avec un autre être humain)
  • le MOUVEMENT
  • le LANGAGE

 

On pourait ajouter un quatrième point : l'ATTITUDE DE L'ADULTE, où la possibilité et la qualité d'indépendance que l'enfant peut trouver dans son environnement.

 

Les différentes ETAPES par ÂGE

 

  • Au cours des six premières années,l'enfant enfant construit sa capacité à une pensée autonome.
  • Les deux premiers mois de sa vie, l'enfant constitue sa confiance dans l'environnement. Il ne va pas pouvoir se construire sans cette confiance. Dès son arrivée au monde, l'enfant n'entend plus le coeur de sa mère battre, il découvre la sensation de froid, de faim, c'est un grand vide source de peur... Si l'environnement dans lequel il arrive ne répond pas immédiatement à ses besoins fondamentaux, alors l'enfant sera en difficulté. Il faut donc recrééer un utérus extérieur pour apaiser la sensation de l'inconnu.
  • A la fin des deux premiers mois (ceci un âge théorique) l'enfant commence à relever la tête, le larynx descend, il commence à pouvoir vocalier : le mouvement et le langage sont en marche !
  • Autour d'un an (c'est encore un âge théorique), l'enfant développe la préhension (pouce – index), la marche et le premier mot intentionnel.
  • Avant 3 ans, il faut aider l'enfant à être et à faire pour qu'il puisse faire par lui-même et avoir une pensée.
  • Entre 3 et 6 ans, l'enfant acquiert l'autonomie. Il est alors capable de faire par lui-même. L'adulte se retire et reste dans l'observation et dans la présentation des objets.

 

L'ATTENTE

Plus l'enfant grandit, moins on va répondre immédiatement à ses besoins fondamentaux. Car il devient capable d'habiter l'attente et commence à développer une pensée durant cette attente. C'est un moment constructif de sa personnalité.

 

LA CONCENTRATION

La capacité de concentration de l'enfant sur une tâche existe dès la naissance. De nature un enfant est concentré ! Un bébé ne fait jamais 'rien'. Il est en effet toujours en action. Il est toujours concentré sur quelque chose. Avant d'interrompre cette concentration, l'adulte doit se placer du point de vue de l'enfant. Il faut pour cela capter son attention avant d'intervenir auprès de lui et accompagner le geste de la parole, afin qu'il puisse intérioriser ce qu'il va se passer pour lui.

 

On constate que dans l'éducation 'classique ', l'adulte prend peu le temps de regarder, d'observer l'enfant. On passe en effet notre temps à casser l'attention des enfants. Il ne faut pas ensuite s'étonner que les enfants papillonnent, s'éparpillent. Quand l'enfant est plus grand, on entend souvent dire : « il n'arrive pas à se concentrer ».

 

Un exemple flagrant : une voisine rencontre une maman et son bébé dans la rue. La voisine va attirer l'attention du bébé, attendre un sourire de sa part. Dès que l'enfant lui sourit, elle va alors revenir à sa discussion avec la maman et laisser le bébé dans le vide alors même qu'il avait commencé à se concentrer et à établir une communication avec cet adulte.

 

Pour éviter cela, il faut laisser l'enfant aller au bout de sa phase de communication. C'est à lui de choisir quand est ce qu'il arrête cet échange. Il faut pour cela prendre le temps d'observer ses cycles de concentration, afin de ne pas les rompre trop brutalement.

 

L'OBSERVATION

La pédagogie Montessori implique beaucoup d'observation de l'enfant. Or on culpabilise souvent de prendre le temps d'observer, car on a l'impression de ne rien faire. Or ce temps d'observation quotidien est fondamental pour mieux comprendre son enfant, voir ce qu'il suggère. La confiance en soi de l'enfant va dépendre de la qualité du regard, de l'attention et du respect manifesté envers lui.

 

L'EFFORT MAXIMUM

Lorsque l'équilibre de l'enfant est bien en place (à partir de 18 mois) les enfants vont porter des objets bien trop lourds pour eux. Or souvent les adultes court-circuitent l'enfant en lui disant : « non, c'est trop lourd pour toi, laisse je vais t'aider ». Alors même qu'il faut lui permettre d'aller jusqu'au bout de son travail, l'encourager verbalement. L'enfant apprend ainsi la persévérance, il apprend à ne pas lâcher au moindre effort, tant sur le plan physique que psychologique. A l'école Montessori de Paris, les enfants ont à leur disposition de grands tabourets, des sacs de sable de 1,5kg, des bancs, des chaises qu'ils s'appliquent spontanément à transporter d'un point à l'autre de la pièce.

 

LA COLLABORATION

Jusqu'à l'âge théorique de 6 ans, l'enfant a besoin de faire avec l'adulte. A la maison, on peut le solliciter régulièrement sur les tâches que l'on réalise en lui disant : « là j'ai besoin de toi, tu veux m'aider ? ». Il faut alors oublier l'efficacité. C'est l'activité de l'enfant qui est à privilégier. On va passer l'aspirateur pour que l'enfant passe l'aspirateur et pas pour que ça soit propre ! Il est bien entendu qu'un principe de réalité s'impose, à savoir que l'on ne peut pas tout faire avec ses enfants à la maison, il faut alors privilégier des temps dédiés à la collaboration.

 

La collaboration permet à l'enfant de construire son autonomie. Il met à l'intérieur de lui la satisfaction d'avoir fait avec l'adulte. Notons quand même qu'un enfant peut ne pas vouloir faire une activité simplement parqu'il n'y trouve pas d'intérêt. C'est important de sentir l'enfant vivant. Ses intérêts ne sont pas toujours ceux que l'on attend.

 

Cette collaboration est valable jusqu'à 6 ans, après l'enfant ne veut plus collaborer. Dans l'éducation classique, on dit aux plus petits enfants « non laisse je vais le faire, tu es trop petit» et au plus grands « mais pourquoi tu ne veux pas m'aider ? »... peut-être que l'on ne les a pas laisssés collaborer au moment où ils souhaitaient le faire, il est donc plus difficile de l'obtenir plus tard !

 

LES OBJETS.

Les objets ne sont pas suffisants en eux-même, il faut les humaniser. Tout objet est culturel, car c'est l'Homme qui l'a construit au sein de sa société. Pour Maria Montessori, humaniser un enfant c'est lui permettre d'accède à la culture. L'humanité se construit par la culture. La culture ça se transmet, on ne peut l'acquérir seul. L'action et la pensée s'étayent sur l'action de l'autre. Chaque humain ne ré-invente pas tout, on se situe dans une chaîne. Dans cette logique, il faut donc introduire, présenter, offrir l'objet à l'enfant, c'est un moment de transmission. Dans la pédagogie Montessori, le pédagogue présente le matériel à l'enfant. Plus l'enfant va grandir, plus le matériel va être technique, plus les présentations vont être sophistiquées.

 

Cette présentation, lorsque qu'elle concerne une action de la vie pratique, va être faite une seule fois, dans un geste épuré pour que l'enfant puisse le capter. L'adulte parle avant mais pas pendant la présentation, sinon l'enfant va porter son attention sur l'adulte et pas sur le geste, il ne sera donc pas concentré. Une fois la présentation réalisée, l'adulte ne doit pas être dans l'attente que l'enfant reproduise ce geste immédiatement, ça peut mettre du temps. A ce sujet, une étude scientifique à mise en évidence les 'neurones miroirs'. Les zones neuronales activées chez un adulte qui agit, et chez un enfant qui observe l'adulte en train d'agir, sont les mêmes zones, il y a empathie.

 

La présentation d'un matériel sensoriel est plus délicate. Faire éprouver à un enfant les variations de longueur, de couleur, de poids, de son est plus subtile.

 

Notons également que dans la pédagogie Montessori, les objets ont tous un but défini et sont utilisés pour leur qualité. Le matériel va donc servir, par exemple, à la coordination oeil-main, à se préparer à manger (couper, tartiner, verser de l'eau, écaler un oeuf, faire du pain...), à laver la table, à passer le balais et même à repasser avec un vrai fer à repasser qui chauffe ! De même une chaise sert à s'assoir, un table à manger, à travailler, des ciseaux à découper... Il s'agit d'apprendre la vie réelle pour développer l'autonomie de l'enfant. Il sera ensuite capable de composer et de créer à sa guise une fois cette autonomie acquise.

 

L'IMAGINAIRE

Quant on parle de matériel, on ne parle pas de jouet. Il n'y a en effet aucun jouet dans une école Montessori. L'objet qui est proposé aux enfants a toujours un but défini. De même, dans une école Montessori, on ne trouve que des livres qui traitent de la réalité, car il faut d'abord construire le réel chez l'enfant pour qu'il se constitue une représentation du monde qui soit réelle. Les livres vont donc parler de leur quotidien : 'je vais au square, au bain...'. Ce qui compte avant 6 ans c'est l'orde, le mouvement, le langage et sensoriel. Dans la pédagogie Montessori, il n'est donc pas question d'intégrer le virtuel (nouvelles technologies, tv). Il est dit que dans notre société, plus on va vers le virtuel, plus on va devoir revenir au sensoriel sur la tranche d'âge 0-6 ans. Ce n'est qu'après, entre 6 et 9 ans, que les enfants vont vers l'imaginaire.

 

LES ACTIVITES ARTISTIQUES

Il s'agit toujours de préparer l'enfant à faire sa propre synthèse. Le matériel va donc lui permettre de maîtriser les formes, les sons, les gradations, les encastrements géométriques, les dessins de forme... c'est l'enfant ensuite qui fera sa musique, son dessin... A noter, dans une école Montessori sur une classe d'âge 3-6 ans, la musique peut aller de la mise par paires de sons identiques, à l'écriture de la musique.

 

LA NORMALISTATION

Selon Maria Montessori, les enfants vont dès leur naissance mettre leur énergie à lutter contre leur environnement. Ils sont en effet sans cesse entraver dans leur développement, notamment dans leurs mouvements, dans leur langage (lit barreaux, tétine, cozy, ne fait pas ça, ne dit pas ça...) Si ces entraves sont trop prégnantes, l'enfant peut alors développer des stratégies pour les dévier. La pédagogie Montessoir va avoir pour but d'aider l'enfant à lâcher ses peurs pour qu'il sorte de ses stratégies de défense.

 

LES INTERDITS

Tout groupe social a des interdits, dans une école Montessori, il y a aussi des interdits. Mais les règles il n'en faut pas trop, sinon l'enfant développe des stratégies pour les dévier. Les règles fondamentales vont concerner le respect de l'autre et le respect du travail de l'autre. Pour exemple : l'adulte peut intervenir s'il estime qu'un enfant a une emprise sur un autre enfant, où qu'un plus petit s'accroche trop à un plus grand. L'observation va donc permettre de déterminer s'il y a ou non emprise.

 

LE NON

L'enfant n'aime pas le vide. Eviter de dire trop dire « non ... », mais plutôt lui dire ce qu'il peut faire. Cette approche permet de ne pas créer de rapport de force. Il s'agit d'exprimer positivement les choses de façon à l'aider à construire sa confiance en soi.

 

L'EVALUTATION de l'enfant. L'adulte n'a pas à évaluer ce que fait l'enfant. La récompense c'est le travail, ce n'est pas l'évaluation. Dans cet esprit, lorsqu'un enfant demande à un adulte d'évaluer son travail « est ce que j'ai bien lu ? », l'adulte doit lui renvoyer la question « et toi, est ce que tu es content, car c'est ça qui est important, moi je serai content quand tu seras content de ce que tu as fait ». Ce qui ne signifie pas que l'adulte ne prend pas en compte le travail. Il faut en effet valoriser l'effort de l'enfant mais pas le travail. Il s'agit de lui montrer qu'il travaille pour lui même et par pour l'adulte. lorsqu'il a compris ça, c'est gagné !

 

MISE EN PLACE A LA MAISON

Si l'on souhaite mettre en place des principes Montessori à la maison, il n'est absolument pas question de le faire d'un bloc, ce serait une catastrophe ! Il faut avant tout que l'adulte reste lui-même et en accord avec lui-même. La pédagogie Montessori doit en effet être intériorisée, il faut lâcher beaucoup de choses, faire un grand travail sur soi-même d'ouverture à l'autre et ce n'est jamais fini ! La grande ligne de cette pédagogie est d'observer son enfant, d'essayer de le suivre pour voir ce qu'il suggère.

 

BIBLIOGRAPHIE 

La conférencière a écrit un ouvrage que je trouve très intéressant et clair :

 

Patricia SPINELLI, Karen BENCHETRIT, Un autre regard sur l'enfant – de la naissance à six ans – Montessori pour les parents et les éducateurs, édition DDB, 2010, ISBN : 978-2-220-06025-5

 

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D'autres conférences sont prévues au cours de l'année 2011 -  voir article : Montessori : cycle de conférences

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  • : Intrinsek, pour créer du lien entre les enfants, les parents et le grand monde...
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  • Géraldine Viénot
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